
Le Robec
Le long de l’atelier Les violons du Robec coule le Robec, petit ruisseau emblématique de Rouen. Il est l’âme d’une des rues les plus charmantes de la capitale normande : la rue Eau-de-Robec. Riche d’une histoire artisanale multiséculaire, ce cours d’eau pittoresque ravit chaque jour riverains et passants. Si vous ne le connaissez pas encore, n’hésitez pas à nous rendre visite pour le découvrir !
Le Robec, une rivière légendaire
Ce petit ruisseau de quelques kilomètres de long est bien connu des Rouennais et des Rouennaises. Il prend sa source à Fontaine-sous-Préaux et son nom viendrait du viking rauðr bekkr, « rouge ruisseau ». Est-ce l’agile charriée par les flots ou le sang des victimes du siège de Rouen par les Vikings qui lui a donné son nom ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’appelait déjà ainsi il y a plus de mille ans (Rodobech en 1020, Rodhebec en 1024).


Une histoire d’ateliers
La rivière a joué un rôle essentiel dans le développement économique des quartiers qu’elle traverse. Des moulins à eau actionnaient jusqu’au début du siècle dernier des meules destinées à moudre le blé, réduire en poudre les écorces de chêne pour le tannage, broyer des plantes pour créer des teintures, fouler la laine, faire fonctionner des machines à coudre, etc. Petit, mais costaud le Robec ! Tout le long du cours d’eau, les promeneurs peuvent aujourd’hui encore voir les anciennes fabriques de briques rouges qui vivaient de l’eau du Robec.
« La rivière de Robec met en mouvement trente moulins à blé, un à huile, trois à papier, trois à alizary et à indigo ; un à tan , quatre à fouler et à presser les étoffes. Elle alimente en outre dix-huit filatures et quatorze imprimeries de toiles peintes, sans parler des teintureries, toujours nombreuses, établies sur toute la longueur de son cours. »
Rouen, précis de son histoire, son commerce, son industrie, ses manufactures, ses monuments,
François-Théodore Licquet (1787-1832), éditions Frère, pages 200-201, 1827



Un ruisseau victime de son succès
A l’époque où le jeune Gustave Flaubert était jeune écolier à Rouen, pas moins de seize moulins s’étalaient le long du Robec, rien que pour sa partie rouennaise ! Le Robec d’alors n’avait rien à voir avec celui d’aujourd’hui : industrieux, il était constamment pollué par l’industrie textile locale qui déversait produits chimiques et teintures dans ses eaux. Flaubert écrivain en livrera une description peu flatteuse quelques années plus tard :
« Sa mère lui choisit une chambre, au quatrième, sur l’Eau-de-Robec, chez un teinturier de sa connaissance. […] Dans les beaux soirs d’été, à l’heure où les rues tièdes sont vides, quand les servantes jouent au volant sur le seuil des portes, il [Charles Bovary] ouvrait sa fenêtre et s’accoudait. La rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis aux bords, lavaient leurs bras dans l’eau. Sur des perches partant du haut des greniers, des écheveaux de coton séchaient à l’air. En face, au-delà des toits, le grand ciel pur s’étendait, avec le soleil rouge se couchant. Qu’il devait faire bon là-bas ! Quelle fraîcheur sous la hêtrée ! Et il ouvrait les narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne, qui ne venaient pas jusqu’à lui. »
Madame Bovary, Gustave Flaubert (1821-1880), éditions Classiques Garnier,
pages 9-10, réédition de 1962 (1re édition : 1856)

Ci-dessous, La Rue Eau De Robec, poème de Charles-Théophile Féret (1858-1928) lu par Arno Feffer

Le Robec aujourd’hui
Autrefois peuplé d’écrevisses, de carpes, de truites ou de tanches, le Robec industrialisé du début du XXe siècle est désormais vide de vie. Pour assainir les quartiers de Rouen traversés par la rivière polluée, la municipalité prend des mesures : le ruisseau est canalisé entre 1938 et 1941. C’est donc un petit cours d’eau artificiel, calme et clair qui coule aujourd’hui dans la rue Eau-de-Robec. Il continue de faire le bonheur des habitants du quartier et des touristes. Qui sait les histoires que va continuer à charrier ce cours d’eau tranquille…
